Turquie – De Byzance à Istanbul

Mon voyage à Istanbul aura été des plus singuliers… comme une petite bulle échappée du reste, flottant en apesanteur au dessus de l’horreur et l’indignation. Une petite bulle qui s’est formée un certain mercredi 7 janvier 2015 avant de s’éclater un certain dimanche 11 janvier 2015. Une parenthèse hors du temps et hors de l’espace. Nous sommes parties quelques heures après l’annonce des attentats de Charlie Hebdo pour revenir quelque peu après la marche républicaine. Comment s’imaginer alors s’échapper un temps du quotidien, en quête de découvertes et de nouveaux horizons, quand l’écoeurement et la stupéfaction nous bouleverseront jour après jour, à mesure que les infos nous parvenaient…? Comment vivre pleinement ce voyage quand les pensées sont tournées vers Paris ? C’est donc dans ce contexte si particulier que j’ai essayé de modérer mes émotions, entre une volonté d’immersion complète et un sentiment d’indignation totale, entre l’envie de découvrir un nouveau pays et la frustration de ne pas pouvoir témoigner dans le mien, et se dire que la vie continue au-delà de l’horreur…

Et au-delà du contexte, ce sont de nouvelles particularités qui nous accueilleront sur le sol de la capitale turcque… Istanbul ? Et les premiers clichés associés; « tu vas à Istanbul ? la chance ! tu vas revenir toute bronzée ! », « ah bah tu ne te refuses rien ! tu pars au soleil quand nous on reste en hiver ! », « Istanbul …?! Mais t’es complètement malade ! C’est hyper dangereux là-bas ! ».

Alors quelle surprise si je vous disais que nous sommes arrivées à Istanbul … sous une pluie de flocons et un beau manteau de neige ! Imaginez-vous un décor de mosquées et de palmiers recouverts de poudreuse; une féérie pourtant bien réelle ! Imaginez-vous des rues piétonnes bordées de grandes enseignes, de bars et de cafés et soudain, l’écho d’un appel à la prière; comme le rappel de ce qui constitue alors Istanbul : une ville entre deux mondes. D’ailleurs, Istanbul n’est-elle pas située de part et d’autre du détroit du Bosphore, ce fleuve qui sépare la péninsule européenne de celle asiatique ? Alors n’imaginez-plus et suivez-moi; bienvenue, dans une ville à la croisée des influences !

Istanbul_La Mosquée bleue sous la neige
Mosquée bleue et vendeur de « simit » sous la neige.

 


AU CARREFOUR DE L’HISTOIRE.

Rappelez-vous vos cours d’histoire; quelle est la ville dont on apprenait les différents changements de nom au cours de son histoire ? Baptisée Byzance lors de sa fondation au VIIè siècle avant J.-C., puis Constantinople du nom de l’empereur romain Constantin Ier à partir de 330 après J.-C., elle devient la seconde capitale de l’Empire romain en 395, avant d’être celle de l’Empire ottoman de 1453 à 1923. Elle ne connait son nom actuel que depuis le 28 mars 1930 où elle est officiellement appelée Istanbul.

De la cité grecque à la « Nouvelle Rome », de la « Sublime Porte » à la capitale actuelle, des influences greco-romaines à l’âge d’or des sultans ottomans, Istanbul conserve en elle les traces et vestiges des civilisations qui l’ont sculptée et traversée.

L’exemple sans-doute le plus beau de ce mille-feuille culturel est celui de Sainte-Sophie.

Du grec « Sainte Sagesse » ou « Sagesse Divine », Sainte-Sophie est d’abord une ancienne basilique chrétienne de Constantinople, datant pour le bâtiment actuel du VIè siècle (après avoir subi plusieurs incendies et tremblements de terre). Puis, pendant le siège de Constantinople et l’occupation latine de 1204 à 1261, la basilique devient une cathédrale catholique et continue de se transformer, au grès des destructions humaines (pillages…) et naturelles (séismes, effondrements…). Puis, immédiatement après la chute de Constantinople en 1453, les Ottomans convertissent la cathédrale en mosquée, et se réapproprient l’habillage intérieur en conservant toutefois (pour des raisons obscures) les peintures et mosaïques dédiées au Christ et à la Vierge Marie. Désormais transformée en musée, on peut encore admirer aujourd’hui les superpositions des différentes couches qui ont marqué l’histoire de Sainte-Sophie.


Autres monuments forts de la ville : le Palais de Topkapı (1459), principale résidence urbaine et officielle des Sultans jusqu’à la construction d’un nouveau palais le long du Bosphore le Palais de Dolmabahçe; et la Mosquée Bleue (1609), célèbre pour ses mosaïques bleutées.

Alors que le Palais de Topkapı possède une richesse architecturale grandiose et conserve d’importantes collections de porcelaines, de vêtements, d’armes, de boucliers, d’armures, de miniatures ottomanes, de manuscrits de calligraphie islamique et de peintures murales, ainsi qu’une exposition permanente du trésor et de la joaillerie de l’époque ottomane; celui de Dolmabahçe, d’une beauté toute aussi égale si ce n’est encore plus impressionnante, fait office de bureaux du gouvernement et de lieu de réception des instances étrangères.

Quant à la Mosquée Bleue, elle est considérée aujourd’hui comme la mosquée la plus connue de la ville, notamment pour ses mosaïques à dominance bleutée. Constituée de six minarets, elle reçoit le privilège islamique d’être la mosquée la plus importante juste après la Mecque, la seule ayant le pouvoir de posséder sept minarets. La Mosquée bleue sert d’ailleurs de point de départ pour les Musulmans du chemin de pèlerinage vers la Mecque.


DIPTYQUES.

À la croisée des mondes et des influences, Istanbul est une capitale qui embrasse l’Orient et l’Europe, la tradition et la modernité, le culte religieux et la vie nocturne.

On se promène dans les rues ou on prend une bière au comptoir et on se croirait presque dans n’importe quelle autre ville occidentale … jusqu’à ce qu’un appel à la prière retentisse ou que notre regard s’arrête sur l’un de ces nombreux minarets qui découpent la ligne d’horizon.

C’est donc sur le thème de cette dualité que j’ai créé les diptyques suivants, qui ne me sont apparus qu’au cours de ma phase de dérushage et de sélection pour la préparation photo de cet article.

"Arabesques" Palais de Topkapi - Quartier de Taksim
« Arabesques »
Palais de Topkapi – Quartier de Taksim
"Porte" Harem, Palais de Topkapi - Rideau de fer, Quartier de Taksim
« Porte »
Harem, Palais de Topkapi – Rideau de fer, Quartier de Taksim
"Arcades" Mosquée bleue - Quartier de Taksim
« Arcades »
Mosquée bleue – Quartier de Taksim
"Calligraphie" Mosquée bleue - Quartier de Taksim
« Calligraphie »
Mosquée bleue – Quartier de Taksim
"Voile" Sainte Sophie - Quartier de Taksim
« Voile »
Sainte Sophie – Quartier de Taksim

SATURATION DE DÉLICES.

Istanbul, c’est aussi ses bazars et sa kyrielle de gourmandises, de fruits secs, d’épices et de savons, de babouches, de porceleines et de lampes (d’Aladdin !). Du Bazar égyptien au Grand Bazar, en passant par les vitrines alléchantes de pâtisseries turcques, présentant loukoums, baklavas et autres délices à pâte feuilletée mélangée d’amandes, de noix ou de pistaches, c’est toute une saturation de couleurs, d’odeurs et d’explosions gustatives qui s’offre à nous.

Voici donc une compilation d’instantanés; des dédales des bazars aux déambulations des délices.


DANS LA RUE.

Enfin, Istanbul, c’est aussi sa vie quotidienne : ses marchés de poissons, ses bains turcs, ses transporteurs de simit (petits pains au sésame vendus dans la rue), ses échoppes…

Quand la neige fondue laisse place à la pluie, c’est une nouvelle atmosphère qui se dégage de la ville. L’eau qui a ruisselé fait alors miroiter les couleurs et une douce mélancolie s’échappe du quartier de Galata.

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