#8 – Équinoxe, éclipse et écueils

C’est le Printemps ! Et quel Printemps ! On nous annonce un cocktail explosif d’événements physique, astronomique et météorologique. En ce jour du vendredi 20 mars 2015 où diurne égale nocturne, la lune s’est alignée sur le même axe que le Soleil et la Terre, occultant à près de 80% l’éclat de notre grande étoile. Et d’étouffer le feu, l’eau de déferler, pour s’éclater avec fracas sur nos plages atlantiques. Seulement voilà, parisienne hyper busy-busy que je suis, je n’étais ni au Mont Saint-Michel pour admirer la Grande Marée du Siècle, ni suffisamment prévoyante pour m’équiper à temps de super-lunettes et contempler l’exceptionnelle éclipse solaire. C’est donc par une association d’idées enfantine, que je vous propose un petit voyage en Amérique latine, pour régler quelques écueils sur la relation qu’avaient les peuples indigènes avec la Nature.

DU POUVOIR DE L’ÉCLIPSE CHEZ HERGÉ…

Que tous ceux qui ne pouvaient admirer l’éclipse vendredi se rassurent; les nuages et la pollution ont mis tout le monde d’accord ! Alors, pour nous consoler, je vous emmène quelques siècles en arrière, aux pays des Incas, Mayas et autres Toltèques. Car en effet, moi, à chaque fois que j’entends le mot « éclipse », je ne peux pas m’empêcher de l’associer à Tintin parti sauver le Professeur Tournesol, sur les terres du Temple du Soleil

Pour se sauver d’une mauvaise passe, Tintin, alors ligoté au mât de son bûcher à l’instar de ses acolytes Capitaine Haddock et Professeur Tournesol (et Milou !), invoque le Soleil tout puissant : « Si tu ne veux pas de ce sacrifice, voile ici, devant tous, ta face étincelante ». Et le Soleil de s’exécuter. Appeurés par le pouvoir surnaturel du reporter belge, les Incas reviennent sur leur sentence de mort et libérèrent nos trois héros.

TintinSauf que… Tout ceci n’est que terrible parjure à l’égard d’un peuple pourtant rigoureusement observateur et connaisseur des phénomènes naturels. Le cliché semble avoir été popularisé par la littérature américaine, et notamment depuis le roman de Mark Twain, « Un Yankee à la cour du roi Arthur », paru en 1889 (et qui inspirera d’ailleurs Hergé par la suite, pour son album de Tintin). A moins qu’il ne faille remonter jusqu’en 1504 lorsque Christophe Colomb, face à l’hostilité des indigènes jamaïcains, menaça la lune de se voiler immédiatement s’ils ne collaboraient pas. Terrorisés par l’éclipse, les indigènes acceptèrent de lui venir en aide.

Eclipse_Chistophe_Colomb

D’autre part, une anecdote raconte qu’un enfant envoya une lettre d’indignation à Hergé, pour lui faire part de l’erreur monumentale qu’il avait commise : dans l’hémisphère Sud, le sens de rotation est inversé et le dessin de l’éclipse aurait du être dans l’autre sens ! On ne rigole pas avec ces choses-là, non mais !


… AU « VÉRITABLE » POUVOIR DE L’ÉCLIPSE CHEZ LES CIVILISATIONS INDIGÈNES.

Quoiqu’il en soit, les civilisations autochtones savaient.

Au point-même d’ériger un véritable joyau d’architecture et de génie au Mexique, par exemple, avec la Pyramide de Kukulcàn. Située sur le site archéologique de Chichen Itza, au nord de la péninsule du Yucatan, au sud du pays, ce « château » (baptisé El Castillo par les Espagnols) a été construit par le peuple Maya, entre le IXè et le XIIè siècle, il y a plus de mille ans.

Pyramide de Kukulcàn

Cette pyramide – 24 mètres de haut, 60 mètres de large – se compose de neuf paliers échelonnés et d’un sommet accessible par quatre escaliers latéraux de 91 marches chacun. Si l’on multiplie ces chiffres, on obtient 364 marches (91×4), auquel on ajoute +1 pour la plateforme constituant le haut de la pyramide et qui symbolise ainsi le 365è jour de l’année solaire. 

Il s’agit d’un temple dédié au culte de Kukulcàn, le dieu serpent à plumes d’origine toltèque. Mais là où la science et la magie se rencontrent pour créer un spectacle extra-ordinaire, c’est justement pendant les équinoxes de printemps et d’automne. Chaque 20 mars et 21 septembre, à 15h00 heure précises, la lumière met en évidence 7 triangles isocèles, formés d’ombre et de lumière, représentant le corps d’un serpent à plumes qui ondule le long de l’édifice à mesure que les rayons du soleil évoluent. Cette représentation de la descente du dieu Kukulcàn sur la Terre est censée indiquer le début et la fin du cycle agricole.

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