#7 – L’art, l’arme et larmes amères.

Il y a deux mois à peine, à Paris, les armes ont fait jaillir le sang de ceux qui faisaient couler l’encre des stylos. Mais la France indignée se soulève et telles les têtes d’une hydre qui repoussent instantanément quand on les coupe, des millions d’individus se mobilisent pour crier haut et fort, debout et fiers, notre droit à la liberté d’expression. Et voilà qu’aujourd’hui encore, je suis à nouveau choquée, écoeurée et bouleversée, lorsque je découvre les images insoutenables de destruction massive d’oeuvres d’art par l’État islamique. Un cri de rage pourtant impuissant… Alors : « Qui Est Mossoul ? »

Après la chair et le sang, les cendres et les gravas. La barbarie de l’État islamique n’a décidément aucune limite. Et l’idée même de l’idée les rend fous, telles des poules décapitées qui courent dans tous les sens, privées de leur cerveau et de leurs yeux.

Parce que l’idée qu’un homme puisse penser et exprimer une opinion les effraie, ils les réduisent au silence par les armes. Mais au-delà du corps, les crayons seront toujours les plus forts, et l’idée subsiste.

Parce que l’idée qu’un homme puisse avoir accès au savoir et à la connaissance leur est intolérable, ils réduisent en cendres des milliers d’ouvrages, pour la plupart rares et anciens, en pillant notamment la bibliothèque de Mossoul fin février. Mais au-delà des flammes, le savoir se perpétue, et l’idée subsiste.

Et maintenant, parce que l’idée qu’un patrimoine antéislamique existe les dérange, ils réduisent en miettes des statues, fresques et trésors datant de l’ère assyrienne (not. du VIIè siècle avant J.-C.), parce qu’ils « favorise[raie]nt l’idôlatrie » et seraient en contradiction avec le caractère rigoriste de l’islam (radical). Et lorsqu’ils récidivent une semaine plus tard, en attaquant désormais à coups de bulldozer la cité assyrienne de Nimroud, datant du XIIIè siècle avant J.-C., l’écoeurement est total.

« Cette attaque aveugle contre un art magnifique, contre l’histoire et la compréhension humaine, constitue une agression tragique non seulement contre le musée de Mossoul, mais aussi contre notre engagement universel à utiliser l’art pour unir les gens et promouvoir la compréhension humaine. » – Thomas Campbell, directeur du Metropolitan Museum de New-York.

La terreur se construit sur l’ignorance. Mais peut-on venir à bout d’une idée ? Le massacre, qu’il soit humain, culturel ou artistique, peut-il parvenir par la dématérialisation à l’anéantissement de l’idée qu’il représente ou qu’il contient ?

C’est peut-être aussi parce qu’il a cette capacité merveilleuse d’être témoin d’une époque, porte-parole d’une pensée, représentation d’une idée, que l’Art fascine et que l’Art dérange. Mais son étude n’est-elle pas, comme le souligne le directeur du Metropolitan Museum de NYC Thomas Campbell, un moyen de comprendre le monde et les hommes ?

C’est en voulant le détruire, qu’on révèle au contraire sa puissance, sa force et sa grandeur; l’Art transcende les mots, l’Art transcende la vie, l’Art transcende l’histoire. Briser sa forme matérielle n’anéantira jamais la quintessence impalpable et insaisissable de ce qui le constitue. L’Art est né bien avant l’écriture et l’Art continuera de vivre bien au-delà du chaos.

Certes, il n’en reste pas moins que ce sont des vies humaines qui sont arrachées. Et maintenant, c’est également un patrimoine historique, culturel et artistique d’une valeur inestimable qui est réduit en poussière. Mais si ce cri d’indignation et de colère ne peut malheureusement pas changer la donne qu’il soit au moins porteur d’espoir; vive la Vie, et vive l’Art.

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