Cuba – Un périple hors du temps

Il suffit de prononcer le nom et ça y est, on a déjà des images plein la tête; les années 50, les vieilles Chevrolet, la Mafia, le rhum, les cigares, le Che Guevara, les couleurs vives, la salsa… Autant de clichés délicieux dont on se délecte en se léchant les babines. On embarque alors dans l’avion comme dans une machine à remonter le temps, et on se retrouve immergé dans un décor idyllique à l’atmosphère latine et percutante, pour une réalité pourtant bien moins alléchante… Retour en images d’un voyage déjà vieux de cinq ans. Une partie de ces photos avaient d’ailleurs fait l’objet d’une exposition l’année suivante, en mai 2011. 

LA HAVANE

Mon périple a bien entendu démarré à La Havane, capitale cubaine à l’imagerie et à l’histoire dignes des plus beaux scénari des films mafioso.

Établie par les Espagnols au début du XVIè siècle puis protégée de la piraterie qui convoitait alors les bâteaux chargés d’or, d’argent, de laine, d’émeraude, d’acajou, de cuir, d’épices, de cacao…, La Havane devient rapidement « la Clé du Nouveau Monde et rempart des Indes Occidentales ».

Au XVIIIè siècle, la ville est prise par les Britanniques au cours de la Guerre de Sept Ans. Les échanges avec l’Amérique du Nord commencent et La Havane prospère, faisant d’elle à l’orée du XIXè siècle, une ville moderne, florissante et à la mode.

Le XXè siècle marque la fin de l’indépendance de Cuba et l’île des Caraïbes dépend désormais des États-Unis d’Amérique, qui la transforment en un protectorat. Pendant la Prohibition, dans les années 20, La Havane devient le paradis des grosses fortunes qui y construisent des casinos et des nightclubs. La tendance se poursuit dans les années 30, faisant de ces hôtels de luxe et de jeux la mainmise de la mafia américaine. D’ailleurs, Meyer Lansky, Lucky Luciano et Al Capone y séjournent…

Il faut alors attendre le triomphe de la révolution cubaine en 1959, menée par Fidel Castro et le Che Guevara, pour renverser Batista et l’ingérence américaine, et recouvrer l’indépendance nationale. Depuis, les frères Castro dirigent le pays depuis maintenant près de soixante ans, et ce qui apparaissait comme une victoire alors, commence peu à peu, mais discrètement, à être remis en questions par ses citoyens.

Suite au fiasco de La Baie des Cochons en 1961 et l’embargo économique, financier et fiscal qui a été décidé l’année suivante, les relations entre Cuba et les États-Unis d’Amérique ont toujours été tendues. Il faudra alors attendre plus de cinquante ans quand, pas plus tard qu’il y a quelques mois, le Pape François réussit l’exploit de rapprocher les deux pays en provocant un échange diplomatique entre Barack Obama et Raoul Castro.

Aujourd’hui, la ville classée au Patrimoine mondial de l’Unesco entreprend de larges travaux de restauration pour recouvrer charme et authenticité. Et quand les taxis aux couleurs flamboyantes côtoient les murs des maisons peints sur les mêmes teintes, c’est un tout un magnifique cocktail de couleurs qui s’emparent alors de La Havane.


VINALES

Après cette petite introduction historique, direction les montagnes ! Je quitte la capitale cubaine et son activité urbaine pour l’ouest de l’île, beaucoup plus sauvage et reculé, dans la province de Pinar del Rio. La région présente une particularité géologique très rare, les mogotes, des buttes montagneuses de calcaire émergeant de la plaine, qui datent de l’époque des dinosaures !

Ces quelques jours passés ici sont encore l’occasion de faire de belles rencontres humaines, qui me consuident à traverser à cheval les plantations de manioc et de tabac. Un vieux monsieur m’apprendra même à rouler le cigare, selon la technique traditionnelle et une famille possédant un modeste ranch de chevaux me proposera de partager le couvert autour d’un repas riche et copieux à base de manioc, riz et haricots. Un véritable délice sublimé par une générosité humaine sans égal.

Puis petite échapée au bord de l’océan bleu turquoise, aux plages quasi désertes de sable fin, où jonchent des branchages aux formes étranges et tarabiscotées, brûlés par le soleil.


TRINIDAD

Classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, Trinidad a tout pour attirer la curiosité du visiteur, si l’on en croit les descriptions sur papier. Je m’arrache littéralement à contre-coeur du beau petit village de Viñales pour entreprendre un voyage de plus de sept heures à bord d’un mini-van sans amortisseurs, complètement ensevelie sous les sacs et écrasée contre la fenêtre. Les paysages défilent et la fatigue s’emparre de moi. Quand je me réveille, nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres de la ville de la province de Sancti Spiritus.

Mais que s’est-il passé pour que les charmes de Trinidad n’aient eu aucun (ou peu) d’effets sur moi ? La fatigue, peut-être. Ou son attrait touristique et des dérives qui en découlent; sollicitations, quémandages, prix exhorbitants… Bref, une sensation de malaise malgré l’effective beauté de la ville, ses couleurs et ses vieilles voitures. Mais la beauté cache aussi la misère et le gouffre qui les sépare a été particulièrement violent ici.


CIENFUEGOS

J’écourte donc mon séjour plus tôt que prévu, pour remonter en direction de La Havane.

Ultime arrêt et ultime découverte dans la ville de Cienfuegos. Troisième ville cubaine à être classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, Cienfuegos se démarque pourtant de ses soeurs en abordant une architecture différente. Fondée sous la domination espagnole mais d’abord habitée par des immigrés français de Bordeaux et de Louisiane, ses bâtisses abordent un style colonialiste à la française.

Puis je remonte vers La Havane, pour boucler la boucle et profiter des derniers jours qu’il me reste. Flâneries, déambulations, mojitos et cafés en terrasse…; une « dolce vita » à la cubaine bien loin des rythmes effreinés parisiens. Une magnifique escapade dans un pays où je ne parlais pourtant pas la langue. Dépaysement total pour une expérience inoubliable. A refaire !

_Expo Cuba_Affiche

 

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