#1 – Je Suis [Si Lointainement Proche De] Charlie

Ce premier billet n’est malheureusement pas le billet qui était escompté. Il aurait du être tout autre. Mais il est. Il existe. Pour une seule et une seule raison. Une raison fondamentale, qui prend soudain tout son sens : la liberté d’expression. D’écrire, de dire et de penser.

Mercredi 07 janvier, 10 heures, Paris. La maquette de mon premier billet est en phase de finalisation. À l’occasion de ce tout début 2015, je dresse un petit bilan 2014, histoire d’extraire l’essence d’une année qui s’achève pour en faire le carburant d’une année qui commence. Tout est ainsi prêt à être publié pour mon retour en France, dimanche 11 janvier, afin d’inaugurer le lancement hebdomadaire de mes Billets d’Humeur.

Mercredi 07 janvier, 11 heures, Aéroport Charles De Gaulle. Excitation, humour et humeur joyeuse nous agitent et nous meuvent jusqu’au terminal 3 où nous patientons pour l’enregistrement de nos valises et sacs-à-dos. 2015 commence à peine et me voici à nouveau en quête de nouvelles conquêtes ; vol 258 destination Istanbul, Turquie.

Et puis, dans l’heure qui suit, tout bascule… Un texto, un appel et des messages qui se suivent et se ressemblent sur mon mur d’actualités Facebook. On parle d’un attentat, on parle de meurtres, on parle de coups de feu, on parle de massacre. Charlie Hebdo est en sang. On dénombre douze victime dont le directeur Charb, les dessinateurs Cabu, Wolinski, Honoré et Tignous, les chroniqueurs Bernard Maris et Elsa Caya, le correcteur Mustapha Ourrad, l’invité d’honneur du journal Michel Renaud, l’agent d’entretien Frédéric Boisseau, ainsi que le garde du corps de Charb, Franck Brinsolaro et le policier municipal Ahmed Merabet.

Choc.

L’écran d’affichage de l’aéroport affiche « l’alerte rouge attentat ». Après plus d’une heure et demie de retard, nous embarquons finalement à destination d’Istanbul où nous passerons comme prévu notre découverte de la ville jusqu’à notre retour dimanche 11 janvier, en fin d’après-midi.

C’est donc à distance que nous suivons et continuons d’apprendre, consternation et effroi grandissants, le meurtre de la jeune policière stagiaire Clarissa Jean-Philippe, jeudi 08 janvier, puis la prise d’assaut de l’Hyper Casher faisant quatre nouvelles victimes vendredi 09 janvier : Yoav Hattab, Philippe Braham, Yohan Cohen, François-Michel Saada.

Outre la tristesse et l’écœurement, c’est l’insupportable sentiment d’être loin de là où je devrais être. Loin de mon pays et de ma ville… même si, certes, la distance physique n’empêche pas le rapprochement de cœur et de pensée.

Alors que la France pleure ses dix-sept victimes, faisant de cet attentat le plus meurtrier de ces cinquante dernières années, le monde entier s’est mobilisé et se mobilise encore sous le slogan « JE SUIS CHARLIE », perpétuant l’idée au-delà du corps. Mais au-delà d’être Charlie, je suis d’abord celle qui a ce droit à l’expression et nous sommes aussi ceux qui le défendons.

Que nos opinions nous accordent ou nous désaccordent sur la ligne éditoriale de Charlie Hebdo, que l’identification ou non au hashtag ne nous empêchent pas d’être unis et solidaires contre la terreur et la menace, n’oublions pas que nous sommes surtout celles et ceux qui nous devons de respecter et protéger les valeurs démocratiques et républicaines de notre pays, sans tomber, toutefois, dans les amalgames islamophobes et les raccourcis insupportables.

© Pierre D.
© Pierre D.
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